Comment ne pas devenir une organisation obsolète ? Dans quelle mesure des scénarios représentant des futurs compatibles avec les contraintes physiques du monde fini peuvent renouveler la pensée stratégique en Anthropocène ? 

Pierre-Baptiste Goutagny, doctorant CIFRE et responsable de développement senior au sein de IF Initiative, revient dans un article publié dans la revue Annales des Mines sur les principes de scénarisation et de modélisation prospective poursuivis au sein de ce dispositif inter-organisationnel. Il éclaire notamment les limites et écueils des scénarios de place accessibles aux décideurs économiques et identifie de quelle manière ce cadre prospectif peut permettre de renouveler la vision du monde des dirigeants et faciliter le dialogue avec leurs parties prenantes.

Avec le franchissement de sept limites planétaires, les perturbations géopolitiques sur les chaînes d’approvisionnement, l’incertitude sur l’évolution des technologies ou encore la transformation de la demande sous l’effet de l’évolution des usages et des attentes des consommateurs, les modèles d’affaires des entreprises sont soumis à des turbulences croissantes.

Or, les outils dont disposent les décideurs pour se projeter ont été conçus pour un monde qui n’existe plus : ils ne permettent donc plus aux entreprises de saisir avec acuité les transformations en cours. La majorité des scénarios issus des modélisations macroéconomiques sont fondés sur des IAM (Integrated Assessment Models) et se trouvent mise en cause pour leur effet « boîte noire ». Il se manifeste notamment par un manque de transparence des hypothèses mais également un défaut de désagrégation et de granularité jusqu’aux sous-jacents physiques des activités productives et une faille de mise en cohérence systémique des enjeux environnementaux, au-delà du nexus énergie-climat.

Dans ce contexte, IF Initiative développe des scénarios prospectifs pour permettre aux dirigeants d’entreprises d’explorer les transformations des activités économiques dans un monde fini. Ces scénarios reposent sur un modèle d’une autre nature : il s’agit d’un outil de comptabilité biophysique des impacts des activités humaines qui met en œuvre une approche DMFA (Dynamic Material Flow Analysis). Ce dernier assure ainsi la cohérence entre les évolutions des usages, celles des techniques, celles sur la demande ainsi que les rétroactions issues des émissions de gaz à effet de serre par la destruction d’actifs. 

Ainsi construits, ces scénarios permettent aux dirigeants de mettre à jour leur lecture du monde, en envisageant aussi bien les futurs impossibles d’un point de vue physique auxquels renoncer que les opportunités qui pourraient émerger de la reconfiguration des chaînes de valeur. En leur permettant d’identifier les potentiels risques d’éviction de leur marché ou de ruptures au sein de leur chaîne de valeur sous l’effet de contraintes d’accès aux ressources, ils invitent à reconsidérer les rapports de compétition au sein et au-delà des secteurs afin de dépasser les dilemmes du prisonnier. Les outils prospectifs peuvent alors devenir, moins des supports d’aide à la décision pour les dirigeants, que des vecteurs de coordination pour des collectifs d’entreprises.

Découvrez l’article complet publié dans la revue Annales des Mines - Responsabilité & Environnement : https://annales-des-mines.org/2026-07_sommaire_re-123-les-ecosystemes-marins-et-leurs-enjeux/