En septembre 2025, plus de cinquante chercheurs et praticiens se sont réunis à Lyon pour un atelier consacré à la prospective, à la stratégie et aux transformations systémiques à l'ère de l'Anthropocène. Le constat de départ était partagé par tous : la stratégie d'entreprise, telle qu'elle a été pensée depuis des décennies, n'est plus adaptée à un monde dont les fondations biophysiques se dérobent. L'écologie n'est plus un sujet périphérique : elle devient la condition même dans laquelle les organisations investissent, innovent et coopèrent. La stratégie doit passer d'une logique de compétition à une pratique de coopération à l'intérieur des limites planétaires.

Le premier axe de l'atelier interroge la fabrique des futurs elle-même. Les outils classiques de prospective supposent une Terre stable ; or celle-ci doit désormais être pensée comme une partie prenante à part entière, avec laquelle on négocie l'avenir plutôt qu'on ne le planifie. Anticiper ne suffit plus ; il faut co-construire des futurs à la fois désirables et biophysiquement possibles.

Sources : If Initative, EM Lyon

Le deuxième axe s'attaque à l'exécution : comment aligner l'organisation sur des limites biophysiques non négociables ? Il part d'un constat critique, celui d'une « erreur écologique de la stratégie », la croyance qu'optimiser la performance d'une entreprise profite automatiquement à la société. La transformation exige de changer non seulement ce dont on parle, mais ce que l'on compte, finance et récompense.

Le troisième axe élargit le regard au-delà de l'entreprise : comment concevoir des transformations régénératives et justes, dans des systèmes faits de boucles de rétroaction et de points de bascule ? Le changement systémique n'est pas un département ni l'acte héroïque d'un dirigeant, mais une propriété partagée d'un système de relations.

L'atelier s'est conclu sur un agenda concret : transformer les dilemmes des praticiens en questions de recherche, construire des collaborations de recherche-action entre entreprises et monde académique, et outiller conjointement prospective, stratégie, gouvernance et transformation systémique. Car aucune entreprise, aussi vertueuse soit-elle, ne peut à elle seule garantir que l'activité collective reste dans les limites planétaires.

La stratégie de demain se joue moins à l'échelle de la firme qu'à celle des écosystèmes d'acteurs qui l'entourent, d'où le rôle d'espaces d'enquête collective comme l'IF Initiative (Carbone 4) ou l'Alternative Futures Institute (emlyon).

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